autrice les bras levés au ciel appelant le saint graal des librairies
AUTO-EDITION,  LIVRE

Vendre en librairie : le Saint Graal inaccessible ?

« Alors, ça y est ! On peut trouver ton livre en librairie ? » Cette question revient tout le temps et, à chaque fois, je ressens un petit pincement… Vendre en librairie, pas si simple pour un auteur auto-édité… Mais pourquoi veut-on à tout prix y être, alors que la réussite de l’auto-édition serait peut-être AILLEURS ? Et si le référencement en librairie, était en réalité une fausse bonne idée ?

Il y a tout juste un an, je me suis lancée dans l’aventure de l’auto-édition. J’ai commencé par référencer mes livres (24 Leçons et 24 Nains en colère) sur Amazon et puis j’ai cédé au chant des sirènes qui me faisaient miroiter monts et merveilles, si je les plaçais en librairie. Cet article retrace mon expérience et mon premier bilan d’autrice auto-éditée, dans les coulisses de la vente en librairie, un an après.

Les idées reçues sur l’auto-édition en librairie

La librairie, c’est bon pour mon image.

Choisir l’auto-édition, c’est a priori ne pas emprunter la voix classique pour faire connaître ses livres. Et malgré tout, on rêve tous d’être « pris » en librairie. Pourquoi ? Peut-être parce que l’acceptation par un libraire revient à recevoir un gage de reconnaissance en tant qu’auteur, une sorte d’adoubement, si vous voyez ce que je veux dire.

Pour beaucoup de lecteurs (et encore plus pour nos amis et notre famille), le libraire reste le référent du passage du niveau 1 « débutant » à celui de « Professionnel« . Je suis en librairie, (comme j’ai un éditeur, d’ailleurs), cela signifie a fortiori que je suis reconnu(e) par la profession et que mon livre est forcément de meilleure qualité que celui qui ne l’est pas. En tous cas, c’est l’idée.

le rêve de l'auteur auto édité : vendre en librairie
Image fictive de 24 nains en colère – coup de coeur en librairie

Pourtant, ne vous est-il JAMAIS arrivé d’acheter un livre en librairie, parce qu’il avait été mis en avant et de vous demander après lecture… mais pourquoi ? Moi oui. Les livres qui sont en librairie ne sont pas forcément tous bons et le contraire est également vrai.

Parmi ceux qui ne sont pas en librairie, certains sont loin d’être mauvais. Ils peuvent être plus difficiles à vendre, parce qu’ils sont moins consensuels, parce qu’ils s’adressent à un lectorat plus réduit. Ils pourraient avoir la chance d’en avoir un plus large, sauf que pour faire pencher la balance de leur côté, ils bénéficient de moins de publicité, moins d’arguments commerciaux chocs (la fameuse marge), et aussi bien sûr moins de budget.

Ils sont donc moins rentables, car TROP compliqués à vendre.

« Le libraire préfère un titre facile à écouler plutôt qu’un auteur inconnu, sauf exceptions.« 

« Sans éditeur, pas de placement stratégique en rayon, car pas de levier publicitaire.« 

C’est un peu le chat qui se mord la queue, cette histoire d’image. Un livre n’est pas assez connu, donc il n’est pas pris en librairie, il a donc potentiellement une moins bonne image. CQFD ! Il faut être en librairie, oui, c’est bon pour votre image, mais pas forcément bon pour le moral…

Libraire et Auto-édité – Statut de RELATION ? Compliqué

Saviez-vous qu’avec plus de 3000* librairies indépendantes, la France est l’un des réseaux les plus denses au monde ? Et Paris n’est pas en reste, puisque la capitale totalise près de 400 librairies à elle toute seule. Objectivement, si vous êtes à Paris comme moi, vous êtes donc dans l’endroit idéal pour vendre vos livres. Imaginez : deux livres dans chaque librairie et bam ! 800 livres vendus « en un claquement de doigts ». Sauf que… encore une fois, ça ne se passe pas comme ça !

Il va d’abord falloir vous transformer en diffuseur de votre livre. Autrement dit : partir avec votre petite valise en carton, taper à la porte de chaque librairie et les convaincre de prendre votre livre. Et tout ça, sans qu’ils passent par sa plateforme informatique ultra-pratique (oui, parce que vous avez abandonné l’idée d’être votre propre distributeur chez DILICOM et grand bien vous en a pris en tant qu’auteur auto-édité – je vous en dis un peu plus dans le paragraphe distribution/stocks).

Donc au mieux, le libraire acceptera de passer par le bon vieux mail, voir le téléphone pour commander. A l’extrême limite, il signera un contrat de dépôt vente avec vous, vous permettant de déposer quelques livres qu’il vous paiera quand ils seront vendus. Mais il vous avouera, malgré toute la bonne volonté du monde, que travailler avec des auteurs auto-édités, c’est vraiment compliqué.

*Source : SLF.

Combien gagne un auteur auto-édité en librairie ?

Bon imaginons que vous ayez tout de même réussi à convaincre quelques libraires (ce qui a été mon cas). Au diable les 400 ! Vous n’allez tout de même pas faire la fine bouche : ils sont là ! Quelques-uns, le couteau entre les dents, sont prêts à vous donner votre chance, et peut-être même que parmi eux, il y en aura un ou deux qui deviendra votre compagnon de route, votre partenaire.

Alors, vous foncez, vous les chouchoutez, vous acceptez toutes les conditions ! Vous stockez des livres pour être sûr(e) de ne pas être en rupture de stocks. Et puis le libraire vous appelle, vous êtes surexcité(e) : il a vendu un exemplaire ! Vous vous imaginez déjà sur le chemin de la gloire et puis vous faites un rapide calcul :

vendre en librairie pour gagner de l'argent ?  un mythe ?
Je vais être riche et auto-éditée !!

💰 Spoiler : Même si votre livre est vendu en librairie, vous ne gagnez… quasiment rien.

Pourquoi ?

  • La librairie prend 30 à 40% du prix du livre hors taxe.
  • Les coûts d’impression restent fixes.
  • Les frais d’expédition, si vous avez choisi de ne pas jouer local, explosent. Selon la librairie, au mieux, vous partagez les coûts, au pire, vous prenez entièrement à votre charge les coûts d’expédition, ce qu’ils appellent le « franco de port« .

📉 Comparaison rapide : Librairie vs Vente directe

Mode de venteRevenu pour l’auteurAvantages
Vente en librairie~1 à 2€ par livreVisibilité, mais peu rentable
Vente directe (site perso)~4 à 5€ par livreContrôle total, meilleure marge, mais coût de livraison souvent rédhibitoire pour le client

Alors, on oublie aussi l’adage : « vendre en librairie, ça va mettre du beurre dans les épinards. »

Le casse-tête du stock : où ranger 500 exemplaires chez soi ?

Mais si vous êtes têtu comme moi, vous avez à présent un stock non négligeable de livres à vendre. Et il est stocké où ? Chez vous, bien sûr !

personnage caché sous des cartons de livres dans un appartement
On croule sous les cartons de livres à la maison.

Pourquoi autant de livres ? c’est tout simple : il y a trois semaines, à quelque jours de la dédicace, vous étiez en rupture de stocks : l’ENFER ! Vous avez donc décidé de ne plus jamais revivre cette situation. A présent, votre trésorerie est dans le rouge, mais vous croulez sous les livres qui envahissent votre petit appartement parisien, en attendant qu’une librairie veuille bien leur faire une petite place.

Convaincre un libraire de prendre un livre auto-édité, c’est un défi. Et une fois qu’il l’accepte, il faut gérer le stock et l’expédition des livres auto-édités, souvent à vos frais.

Félicitations, vous venez de gagner le statut de DISTRIBUTEUR ! Oui, vous allez devoir assumer vous-même la distribution de vos livres, à moins que…

📦 Deux solutions s’offrent à vous :

  • Vous passez par un distributeur. Un nouvel intermédiaire ! En général, ceux-ci ne s’intéressent pas aux auteurs auto-édités ou leur imposent des conditions compliquées. Ils vous prendront dans tous les cas une commission qu’il faudra rajouter à la commission du libraire et à laquelle vous devrez rajouter aussi le coût d’envoi des livres, si ce n’est pas vous qui vous chargez de la livraison.
décomposition des frais d'un auteur auto-édité pour une vente en librairie
  • Ou alors, vous oubliez le distributeur professionnel et vous vous déclarez auto-distributeur de vos livres auto-édités auprès de la plateforme DILICOM (plateforme par laquelle passent les professionnels de la filière Livre pour transmettre leurs commandes).

Résultat ? Vous devenez votre propre entrepôt, votre propre service d’expédition et votre propre équipe logistique… en plus d’écrire vos livres ! 📦

💪 Et les retours d’invendus ? Surprise, c’est pour vous aussi ! Conclusion : l’auto-distribution : c’est une mauvaise idée !!

Librairie et auto-édition, une galère … mais une aventure incroyable

Loin de moi l’idée de me plaindre, j’adore cette aventure ! Mais il est important de comprendre les réalités de l’auto-édition et pourquoi la fameuse question de la librairie me donne envie de m’allonger en PLS. 😅

=> Alors que retiendrai-je de cette première année en auto-édition ?

  • Il vaut mieux jouer local, sinon la distribution et les frais de livraison mettront très vite un terme à l’aventure.
  • S’armer de patience et de bonne humeur, la relation avec les libraires n’a rien d’idéal, mais il faut se dire que parmi les 400 libraires parisiens, ou les 3000 en France, il y en a forcément un ou quelques uns avec qui on construira une relation solide et à long terme.
  • Ne pas oublier de continuer à écrire dans tout ça, car plus on a de lecteurs acquis à sa cause, plus on a de chances d’intéresser les libraires (et non l’inverse)
l'autrice auto-éditée en wonderwoman tombée à terre qui dans une bulle demande un peu d'aide

Et la prochaine fois qu’un ami auteur vous dit qu’il est auto-édité, dites-lui plutôt : « Waouh, quel boulot ! » Et si vous voulez l’aider un peu plus …

N’oubliez pas, derrière chaque livre auto-édité, il y a un auteur qui se bat pour exister. 💪

Si vous voulez en savoir plus sur mes livres et mon aventure, c’est par ici 👉 [Lien vers la boutique] . Si vous avez des questions, n’hésitez pas, si je peux y répondre, je le ferai avec le plus grand plaisir et à très vite pour un prochain article !

2 commentaires

  • David

    Merci beaucoup pour cet article qui permet de bien mieux comprendre les obstacles que doivent surmonter les auteurs qui s’auto-éditent. C’est clair et on comprend bien les différentes étapes.
    C’est un vrai parcours du combattant et il faut être costaud pour garder le moral dans ces conditions. Bravo pour avoir partagé ce bilan d’un an, et double bravo pour avoir continué l’auto-édition.

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